mercredi 13 juin 2018

Sète, son port, ses plages, ses bateaux, ses festivals, son CRA...


Photo E. Puerta
Un Centre de Rétention Administrative est un lieu où l'on enferme les étrangers contrôlés sans papiers.
C'est une prison, mais en moins bien. Celui de Sète en est une illustration douloureuse. Des locaux exigus où la promiscuité devient vite intolérable, une cour de promenade d'à peine 60m², deux parloirs minuscules où l'air fait cruellement défaut.
Dans les prisons de France, on propose du travail ou des activités pour occuper les détenus. Au CRA de Sète, 3 ballons de mousse, offerts par des membres du Réseau Education Sans Frontière qui leur rendent visite chaque semaine, constituent le seul dérivatif à cette privation insensée de liberté.
Il y a bien un poste de télévision dans une salle commune mais il ne diffuse qu'un seul programme depuis qu'on a retiré les piles de la télécommande, à cause des tentatives de suicide auxquelles se livrent  les "retenus" en les avalant lorsque le désespoir les étreint trop fort.
Scarifications, auto-mutilations, souffrance en continu sont le lot quotidien des personnes qui y sont enfermées. Depuis quelques temps, on y place aussi des mineurs isolés terrorisés qui ne comprennent pas pourquoi ils sont là.
C'est pourquoi Tieri Briet a décidé de s'enchaîner devant le CRA et d'entamer une grève de la faim, en solidarité avec "ses frères" grévistes de la faim enfermés de l'autre côté du mur.
Il faut être plein d'empathie et de courage pour se lancer dans une telle aventure. Il faut être déterminé et ne plus croire en rien ou  peut-être au contraire, croire que tout est encore possible.
Le geste fort de Tieri Briet fait parler les passants, agite le Landernau, et dérange le bel ordre établi, en braquant d'un seul coup les projecteurs sur un lieu bien caché de l'Ile Singulière dont nous pourrions bien avoir honte.
Parce qu'il n'a pas supporté l'insupportable, et parce qu'il veut que cela cesse, il faut soutenir Tieri Briet, et aussi tous ceux qui, de l'autre côté du mur vivent un intenable enfermement. 
Janine Léger



dimanche 10 juin 2018

Marche des EGM à Sète: le reportage

Le cinéaste G. Corporon
Merci à Gérard Corporon, Gilbert Raulet et Claude Dorner, pour avoir mis leur talent au service de la marche des Etats Généraux des Migrations organisée à Sète Dimanche 3 Juin.



jeudi 7 juin 2018

Christophe Castaner invite le collectif Sète terre d'accueil


Christophe Castaner

Le collectif associatif et citoyen "Sète terre d'accueil"a été invité samedi 2 juin à une rencontre avec Christophe Castaner, Secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement.
Il était accompagné de Christophe Euzet, Député de la 7ème Circonscription de l'Hérault.

Pierre CONFAVREUX (LDH)Notre collectif rassemble 13 entités, associations et groupes de citoyen(ne)s qui agissent depuis longtemps sur le terrain de l’accueil et/ou de la défense des droits et la dignité des étrangers. Conservant leur autonomie d’actions spécifiques mais mettant en commun leurs forces, atout d’efficacité supplémentaire.
Ce dimanche 3 juin, à Sète, une marche régionale est organisée dans le cadre des EGM (états généraux des migrations) qui réunissent, à ce jour, au niveau national, 1650 organisations et collectifs, soit plus de 200 000 adhérents et sympathisants, sans compter les effectifs des associations nationales.
Objectif : montrer que malgré toute la propagande, y compris gouvernementale, contre l’accueil des Migrants, voire parfois contre les Migrants eux-mêmes, nous sommes nombreux à vouloir pour eux un accueil digne et solidaire, ainsi qu’à vouloir dire NON au projet de loi Asile et Immigration.
A Sète, nous avons la chance d’habiter près de la Méditerranée mais comment oublier que c’est la frontière la plus meurtrière au monde? Comment la regarder désormais sans penser aux 30 000 disparus depuis 8 ans ? L’absence de toute solidarité européenne et le règlement dit de Dublin conduisent à une véritable lâcheté criminelle de l’Europe.
Mais cela n’exonère en aucun cas la France de sa responsabilité propre.
La loi en cours de discussion (6 juin au Sénat) a pour seul but de faciliter les expulsions et de trier entre les migrants, multipliant les entraves à l’accès au statut de réfugié.
Ce projet, malgré une légère retouche apportée par l’Assemblée Nationale, rend toujours illégale l’aide aux personnes dites en «situation irrégulière» ! Le fameux «délit de solidarité».Mais alors que devient notre devise républicaine, où sont nos valeurs d’égalité et de fraternité ?
Ce projet est fortement dénoncé par de nombreuses institutions officielles, notamment la CNDH ou le défenseur des droits de l’Homme ! Citons Jacques Toubon : «La manière dont les étrangers sont traités doit être conforme aux droits humains universels. Or, le demandeur d’asile est maltraité par ce projet de loi» ! …
A propos de cette loi, nous tenons à exprimer, à cet instant, notre total désaccord sur l’attitude de M. Euzet, député LREM, présent à vos côtés.
Il n’a même pas pris la peine de répondre à notre courrier du 24 février.
Il ne nous a pas reçus alors que ses collaborateurs s’y étaient engagés, à une occasion semblable à l’opération de ce jour (grande marche pour l’Europe organisée par votre Mouvement pour rencontrer les citoyens). Disons que ça augure mal des suites concrètes pour vos divers interlocuteurs d’aujourd’hui …
Enfin, M Euzet a voté pour cette loi alors même qu’il représente l’Assemblée Nationale à la CNCDH et que celle-ci a très logiquement exprimé un avis tout à fait défavorable à ce projet …, à l’unanimité !
A l’issue d’une visite de parlementaires au CRA (dont l’un de votre majorité, M Vignal), en début de cette année, ils sont sortis atterrés de ce qu’ils avaient vu. Evoquant même devant la presse une «torture psychologique» pour les retenus. Quant aux policiers qui ont reçu M Euzet quelques jours après, ils ont conclu qu’il n’y avait «ni efficacité, ni dignité» …. Et maintenant vous voulez doubler le temps de rétention, passant à 90 jours !
En son temps, M Sarkozy évoquait une politique de fermeté mais il précisait aussi, avec humanité.
Quant vous souteniez M Hollande, la petite nuance consistait à citer en premier l’humanité, mais en ajoutant vite, avec fermeté.
Et maintenant, MM Macron et Collomb n’invoquent plus que la seule fermeté !
M Collomb, bégayant du Pasqua, se lance même dans de douteuses plaisanteries sur le «benchmarking touristique» que pratiqueraient les migrants. Alors que le seul choix dont ceux ci  disposent, c’est entre la mort et une fuite particulièrement dangereuse vers des pays où ils sont mal reçus.
Pour conclure, M.Castaner, dans votre fameux calepin où vous sélectionnez ce que vous voulez faire remonter à «Jupiter», merci de noter que vous avez rencontré des femmes et des hommes qui continueront à aider à l’avenir toute personne migrante dans le besoin, même en situation dite irrégulière, au nom des valeurs d’égalité et de fraternité inscrites dans notre devise nationale, qui est le socle de notre République.
Des citoyen(ne)s qui se battent pour le retrait du règlement Dublin, la mise en œuvre d’une politique d’accueil et d’hospitalité, à l’opposé de la militarisation des frontières le respect des étrangers comme sujets de droit, le respect de leurs projets de vie (notamment en ce qui concerne le pays qu’ils souhaitent adopter, un droit commun européen de l’asile et du traitement des demandes.
Ces citoyen(ne)s espèrent vivement que renonçant aux postures et à une certaine démagogie, le gouvernement abandonnera ce projet absurde, inhumain et de toutes façons voués à l’échec.
Pour mettre enfin en place un accueil digne et solidaire.

Janine LEGER (Cimade): Je veux revenir sur  les principaux points de la Loi adoptée par l'Assemblée Nationale en première lecture et qui nous paraissent devoir être modifiés ou supprimés et également attirer votre attention sur  les pratiques intolérables qui ont cours et qu'il convient impérativement de changer.
L'allongement de la durée de la rétention dont tous les acteurs, fonctionnaires de la PAF compris, dénoncent l'inutilité, la directive Dublin, l'abandon scandaleux  des mineurs non accompagnés, la directive de non-retour pendant une durée rallongée, les conditions d'hébergement des étrangers en attente de régularisation et des déboutés du droit d'asile qui quittent les CADA et dont on sait pertinemment qu'ils ne retourneront pas d'où ils viennent. Déclarer que s'ils ont été déboutés, ils n'ont pas vocation à demeurer sur le territoire est une immense hypocrisie. 
Nous dénonçons également la suspicion prévalant systématiquement dans le traitement des dossiers et la quasi exigence de production de "certificats de tortures" pour les demandeurs d'asile. Enfin le délit de solidarité, intolérable...
Je m'inscris en faux contre la posture idéologique dans laquelle vous voulez nous enfermer en nous qualifiant "d'humanistes" et  de "généreux". Les pragmatiques, Monsieur, c'est nous ! Nous qui sommes sur le terrain et qui devons gérer quotidiennement et avec peu de moyens, les conséquences désastreuses de décisions injustes, coûteuses et inefficaces. Il faut que les pouvoirs publics acceptent de nous entendre et de travailler avec nous.
Concernant le Centre de Rétention Administrative de Sète, vous devez  connaître la souffrance des étrangers qui y sont enfermés, les tentatives de suicides et les auto-mutilations en  augmentation ces derniers mois, notamment chez les plus jeunes. (Insupportable état des lieux confirmé par  un médecin intervenant au CRA, présent dans la délégation et dénonçant également l'état et l'exiguïté des locaux). Ces lieux de privation de liberté n'ont pas lieu d'être et nous demandons purement et simplement leur fermeture.
Pour finir, qu'attend donc le Gouvernement auquel vous appartenez pour mettre  en oeuvre une dynamique gouvernementale en direction des autres pays de la Communauté Européenne, afin de mettre fin à l'abandon dans lequel on a laissé l'Italie ou la Grèce face à une gestion impossible de l'accueil des migrants?  Et ne pensez-vous pas qu'il y a lieu de s'interroger  sur les raisons géopolitiques de ces mouvements migratoires?

Martine et Philippe LECLERE (RESF): Le RESF effectue des visites régulières  au Centre de rétention et les "retenus" qui sont passés par la  prison  pour avoir refusé l'embarquement auquel on voulait les forcer avant d'arriver au CRA, préféreraient  y retourner car ils disent qu'ils y sont mieux traités! Certains "retenus" sont totalement perdus et ne comprennent pas pourquoi on les enferme.

Michèle BARGEON (Association des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture)J'ai 81 ans, et depuis 60 ans que je suis engagée pour la défense des étrangers, c'est le plus grand recul que j'ai constaté au niveau législatif!

Réponses de M. CASTANER
- Vous savez, benchmarking est un terme anglophone couramment utilisé.....
- Les mineurs non accompagnés seront désormais pris en charge à 100% par l'Etat.
- J'ai noté avec attention les informations que vous avez communiquées sur le CRA, qui divergent un tant soit peu, je dois le dire, de ce qu'on m'en avait dit.
- Sur Dublin, la suspicion a priori, la solidarité et l'accueil des Réfugiés en partenariat avec les associations et les collectivités locales, je suis d'accord avec vous, mais nous avons des approches différentes de la problématique posée par l'immigration.

* Les Rencontres Citoyennes, le Service Catholique de la Pastorale des Migrants, l'Accueil Migrants Cimade de Sète, le Réseau Education Sans Frontière Sète Bassin de Thau, La Ligue des droits de l'Homme Sète et Bassin de Thau, l'Association des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture, les Bons Samaritains, Les Femmes du Soleil, Emmaüs Sète Frontignan, JRS Welcome Hérault, L’Association d’Entraide Familiale Protestante, l'Association de Défense des Marins Abandonnés de Sète, les Pupilles de l’Enseignement Public 34.

lundi 4 juin 2018

Et même le Poufre était solidaire...


Bien sûr nous voulions rendre cette journée festive et elle le fut. La météo, la musique, les banderoles, les couleurs, les étoiles d'origamis, et 500 marcheurs joyeux et solidaires qui traversent la ville sous le soleil.
Parti du Môle à 11h, le cortège déroule lentement sa vague au son de la batucada le long des restos de la criée. Il fait beau, c'est dimanche et les terrasses sont pleines de monde. Nous voulions nous faire entendre: c'est réussi. Des applaudissements ça et là saluent notre passage. Des pouces se dressent en signe d'encouragement. Un musicien lève sa guitare et claque des accords de flamenco dans notre direction.
Vue sous cet angle, elle est pas belle ma ville? comme l'avait écrit jadis un journaliste relatant un autre événement citoyen organisé dans l'Ile Singulière. 
Bientôt le défilé investit  la Place de la Mairie pour un pique-nique partagé, sous l'oeil bienveillant du Poufre aussitôt drapé d'une toge digne de l'accueil du jour! 
Les marcheurs sont venus d'un peu partout et des demandeurs d'asile ont également rejoint notre "sit-in" festif. On goûte à tout autour des serviettes à carreaux déployées sur les pavés de la place, pendant que des enfants de toutes les couleurs s'éclaboussent avec l'eau de la fontaine. 
13h 30: il est temps de reprendre notre marche dans les rues plus ou moins animées de la ville et les réactions se font parfois plus directes.
"Prenez les chez vous!" lance une dame dans la file d'attente d'une boulangerie.
Vous avez parfaitement raison Madame, et nous sommes bien d'accord: il faut les prendre chez nous en Europe, en France et à Sète aussi. Que faire d'autre quand ils s'échouent à moitié morts sur nos côtes?
Enfin nous arrivons devant le Centre de Rétention Administrative où l'on enferme les étrangers qui ne parviennent pas à obtenir leurs papiers, dans des conditions qui ne font honneur à personne.
On entonne des chansons gaies, des chansons tristes et on colle des affiches pour dire les maux des "retenus".
Tout au long de cette belle journée, des orateurs, des artistes, des citoyens, des poètes, et des enfants aussi ont su trouver les mots et les gestes pour dire l'indicible et demander à être entendus.
Il est l'heure de se séparer. Voilà qu'il se met à pleuvoir...
Rentrés dans nos maisons, on apprendra dans la soirée que 48 corps ont été repêchés sur la côte tunisienne pendant que nous marchions dans les rues de Sète ce dimanche 3 Juin.

Janine Léger