samedi 21 avril 2018

36 heures



Il y a urgence ! Le vote de la loi sur l’immigration qui devait avoir lieu aujourd’hui, parait reporté d’environ 36 heures. Il me semble que l’Eglise Catholique de France, qui s’est déjà exprimée clairement sur le sujet, peut mettre à profit ces 36 h, ce kairos, pour souligner encore des points essentiels. J’en rappelle ici l’un ou l’autre :

. Des vies sont menacées : la loi limite le droit d’asile à celles et ceux qui sont menacés physiquement pour combattre un régime politique. Mais beaucoup, surtout des milieux populaires, quittent un pays parce qu’ils sont menacés parfois de mort pour bien d’autres raisons : haines internes aux familles, urgence de sauver un proche, vendetta entre ethnies etc… Tout ceci n’est pas pris en compte par l’OFPRA.
. Beaucoup ont subi des traitements inhumains dans les pays par lesquels ils sont passés, en particulier ceux qui ayant moins d’argent, n’ont pu se payer l’avion. Les chanoines réguliers de l’abbaye de Conques ont tenu il y a 3 ans un colloque sur le sujet, en particulier sur les tortures pour rançon devant téléphones portables pour que les familles même très peu fortunées, payent, en se ruinant et en ruinant parfois leurs proches. Libye, Sinai, Soudan, Erythrée étaient les pays les plus cités. Beaucoup de jeunes qui ont subi tout cela finissent par arriver chez nous. On leur demandera de donner des preuves des mauvais traitements subis, comme si ces pays, où souvent les milices règnent, allaient les fournir… Ils ont vécu des traumatismes graves mais aussi ils ont eu beaucoup de courage. Après un temps de soin et de formation chez nous, ils pourraient être aptes à servir un développement (avec tout ce que ce mot comporte) dans le pays d’où ils viennent. Il y a parmi eux beaucoup de mineurs. Les procédures Dublin leur compliquent énormément les choses. La CIMADE et d’autres organismes constituent des dossiers importants. Allons-nous leur fermer la porte ?
. Des vies sont en jeu aussi pour les migrants économiques. Certes, c’est une excellente chose d’essayer de faciliter le développement économique de ces pays. Souvenons-nous que nous avons souvent acheté à bas prix leurs matières premières ; les grandes entreprises ont fait de gros bénéfices qui ont surtout profité aux actionnaires européens, américains, asiatiques ou australiens. Ceux qui fuient la misère le font souvent pour sauver des vies, dans la famille ou dans le village alors que la sécu n’existe pas et que les plus modestes auront bien difficilement accès à l’hôpital. St Thomas d’Aquin affirme, m’a-t-on dit au séminaire, qu’une personne est en droit de voler si sa vie lui parait en jeu. Evidemment ce n’est pas cela qu’on veut. Un développement des pays est possible si les pays plus riches y mettent du leur et répartissent mieux chez eux ces richesses. Si l’écart des revenus entre les uns et les autres cesse ou diminue sa tendance exponentielle. On éviterait par là que les milieux populaires mettent leur espérance dans des groupes où ils n’ont rien à gagner.
. Des vies sont en jeu aussi du côté de ceux qui déjà s’efforcent d’accueillir. Certes j’espère qu’on ne rétablira pas la guillotine. Mais des peines de prisons (comme si elles n’étaient pas assez pleines) et des amendes dissuasives. Supprimera t on en France le délit de ‘non-assistance à personne en danger’ ? Quand la température est au-dessous de zéro degré, ceux qui font des maraudes et s’efforcent de convaincre ceux qui dorment dehors d’accepter un toit, devront-ils trier entre les sans domiciles fixes et les déboutés ? ‘Accueillir, protéger, promouvoir, intégrer’, ces mots que François a gravés dans beaucoup de mémoires sont-ils dépassés ? De tout temps, notre Eglise, qui certes a ses limites et ses péchés, a essayé de palier pour une part les déficiences de la société civile (en favorisant l’accueil, les écoles, les hôpitaux). Cela n’est plus d’actualité ? Nos ‘haltes solidarité’ de divers types devront-elles ouvrir leur porte à la police pour qu’elle trie ceux qui ont vocation d’être en centre de rétention (90 jours d’angoisse avant un ‘portez-vous bien’) ?
. La vie des accueillants est menacée dans leurs valeurs les plus profondes. Et peut-être dans leur chemin vers la foi. Paul propose aux galates ‘la foi agissant par l’agapè’ et, complémentairement, Jésus dans Jean indique que c’est en mettant en actes la vérité que l’on s’approche de la lumière. Notre Eglise doit défendre aujourd’hui ces chemins de la foi. En aura-t-elle, durant les 36 h qui nous sont données (par Dieu), le courage ? 

Père Jean Landier 
Responsable du Service Catholique de la Pastorale des Migrants, membre du Collectif Roms "Mon voisin c'est toi" et du Collectif "Sète terre d'accueil".

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