mercredi 17 janvier 2018

Transfert des habitants du squat de l'avenue Martelli


Si les conditions dans lesquelles aura été anticipé ce transfert constituent incontestablement un progrès par rapport aux pratiques antérieures, il est important d'insister sur le caractère temporaire de la nouvelle installation. 
Nous restons attentifs à ce que les familles puissent entrer dans les dispositifs prévus par le Code de l'Action Sociale et des Familles.
Il reste encore beaucoup à faire en matière de politique de résorption des bidonvilles et de mise à l'abri des personnes sans domicile fixe. 
Dans le cadre des prérogatives qui sont les siennes, le Préfet pourrait parfaitement réquisitionner certains immeubles entiers restés inoccupés depuis des années en ville. Cela permettrait d'améliorer le dispositif local d'hébergement et de relogement douloureusement déficitaire.
C'est une compétence de l'Etat, en lien avec les Collectivités territoriales.
JL

dimanche 7 janvier 2018

2017 - 2018 : Bilan et perspectives

Janine Léger
Emmanuelle Stange
                     














Questions d'Emmanuelle Stange (journaliste) à Janine Léger, sur la situation des étrangers à Sète et autour du Bassin de Thau.

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Avec les actions menées depuis quelques mois sur Sète par SOS Méditerranée et la création l'été dernier d'un CADA sur le Bassin de Thau, la question des migrants a souvent défrayé la chronique en 2017. Est-ce une bonne chose?
Oui, il faut en parler. Et si cela fait débat, tant mieux. La pire des choses serait que la question des migrants tombe dans l'indifférence.

Avez-vous reçu plus de monde l'an dernier dans votre structure? Y-a-t-il une évolution concernant les pays d'origine? 
L'Accueil Migrants Cimade de Sète reçoit principalement des personnes en demande de titre de séjour pour des raisons de vie privée ou familiale, et certaines d'entre elles vivent et travaillent ici depuis plusieurs années mais ne sont toujours pas régularisées malgré leurs demandes répétées. Il nous est d'ailleurs difficile de comprendre sur quelle logique repose une telle posture de la Préfecture. 

La majorité d'entre eux viennent du Maghreb et d'Afrique, mais après les bouleversements géopolitiques de ces dernières années, des familles sont arrivées d'Europe de l'Est, roumaines et bulgares essentiellement.
Depuis cette année, nous voyons arriver des demandeurs d'asile qui ont été sauvés en mer après avoir fui les prisons lybiennes, et que la France veut renvoyer dans d'autres pays d'Europe selon les accords de Dublin, dont certains, comme la Turquie, sont peu sécures ou ont des dispositifs d'accueil saturés, comme l'Italie ou la Grèce.


Que deviennent les Roms de la route de Montpellier? Est-ce que la Préfecture joue le jeu et propose des solutions de relogement?

Ces familles vivent maintenant à Sète de façon stable depuis trois ans et le collectif associatif qui les soutient  demande que leur soit appliqué le dispositif prévu par la Circulaire Interministérielle du 26 Août 2012 qui régit les évacuations d'occupations illicites.
Nous avons été entendus: un diagnostic social a été effectué et des mesures d'accompagnement à l'insertion ont été prises. Des solutions alternatives sont actuellement en cours d'élaboration avec les pouvoirs publics.


Et le CADA, est-ce que vous travaillez en lien avec eux?

Nous sommes en lien avec le CADA comme avec toutes les associations et structures sétoises de la solidarité. Beaucoup de demandeurs d'asile qui y sont hébergés sont inscrits à nos cours de français, mais tous n'obtiendront pas le droit d'asile et ils devront alors quitter le CADA. La question de leur devenir après leur sortie du CADA reste cruciale.

Que pensez-vous de l'action menée par SOS Méditerranée qui est l'une des dernières associations à effectuer des sauvetages en Méditerranée, les autres ONG ayant choisi d'arrêter faute d'hébergement digne après les sauvetages? 

Ces ONG font un travail formidable et le témoignage de SOS Méditerranée est indispensable pour dénoncer une réalité inacceptable et convaincre les pays européens de l'urgence de se mobiliser autour de l'accueil des migrants. La société civile doit peser de tout son poids pour y contribuer.

Comment évolue la législation française concernant l'accueil des étrangers ? 

Plutôt mal! Le projet de loi proposé par le nouveau gouvernement réduit douloureusement l'accès au droit, prévoit l'enfermement des demandeurs d'asile "dublinés", et organise le tri des sans abri dans les centres d'hébergement: du jamais vu! On ose espérer que, devant la levée de boucliers des associations et des acteurs de la solidarité, la copie sera revue!

Est-ce que la cause des étrangers avance? 

Plus qu'une cause, la question migratoire est devenue une préoccupation sociétale. Nous savions depuis des années que le déséquilibre économique mondial allait avoir des conséquences terribles, y compris chez nous, eh bien aujourd'hui nous y sommes. Et il nous faut à présent traiter le problème à deux niveaux: dans l'immédiat, en accueillant dignement ceux qui demandent asile ou cherchent une vie meilleure, à plus long terme, en travaillant à garantir des conditions de vie  acceptables dans les pays d'origine. Les solutions, on les connaît: éteindre les conflits, faire cesser la famine, répartir les richesses....

Que pensez-vous des scores toujours plus importants réalisés par le FN sur le territoire? Comment remédier à cette montée du racisme et le ressentez-vous? 
Nous vivons dans une société où le sentiment d'insécurité est devenu intense. Il est alors très facile de jouer sur la peur, pour que l'Autre, cet "étrange étranger", soit désigné comme coupable et responsable de tous nos maux. C'est ce que font un certain nombre "d'irresponsables" politiques. Mais je crois qu'une prise de conscience est en train de s'opérer notamment grâce au travail d'associations comme SOS Méditerranée et j'observe qu'ici ou là se multiplient des initiatives citoyennes en faveur des étrangers. Autour du Bassin de Thau, des familles proposent d'héberger des demandeurs d'asile ou des mineurs étrangers non accompagnés et un collectif associatif et citoyen (Sète terre d'accueil) s'est créé pour sensibiliser les habitants à l'accueil des migrants. Le remède contre la montée du racisme, il est là. 

Publié par La Marseillaise Samedi 6 Janvier 2018