dimanche 18 novembre 2018

Fermeture du camp de transition

Jeudi 15 Novembre: fermeture du camp...

... sous le regard attentif  du collectif associatif

Tout avait commencé en 2014, quand, après avoir été chassées d'un endroit à l'autre du Département au gré des expulsions dont elles faisaient systématiquement l'objet, des familles issues de la communauté Rom s'étaient installées  sur le Parking du Mas Coulet, puis dans des appartements désaffectés  du Bd Martelli. 
Un collectif associatif* et citoyen nommé "Mon voisin c'est toi" s'était alors constitué pour les soutenir dans leur difficile parcours d'intégration et demander aux pouvoirs publics d'appliquer le dispositif prévu par la circulaire relative à l'évacuation des campements illicites.
"Pas d'expulsion sans solution"! 
Tel était notre slogan qui a fini par être entendu et dès 2015, nous nous sommes imposés comme partenaires actifs et vigilants au sein du comité de pilotage géré par la Préfecture pour la conduite du projet de relogement et d'insertion. Nous avons alors fait le maximum pour mutualiser nos compétences malgré des positionnements respectifs parfois divergents et des désaccords profonds sur la méthodologie.
Pendant quatre ans, nous avons accompagné jour après jour ces familles dans toutes leurs démarches: soins, accès à l'emploi, scolarisation des enfants. 
Nous avons vécu des drames et aussi vu naître des bébés.
Rien ne fut facile mais nous avons pu créer au fil du temps des liens chaleureux avec la plupart d'entre eux et nous avons autant appris d'eux qu'ils ont appris de nous.
Jeudi dernier, le camp de transition qu'on leur avait assigné a fermé ses portes. Les algecos qui auraient peut-être pu servir d'abris à d'autres personnes sans domicile seront immédiatement démontés. 
Les familles ont emménagé une à une dans des logements pérennes à l'exception de trois d'entre elles qui ont fait le choix de sortir du dispositif tel que proposé.  
Aujourd'hui, nous nous réjouissons du résultat des actions menées ainsi que de la mobilisation associative et citoyenne grâce à laquelle tout cela a pu être possible.

Extrait de la Circulaire:
"L’action demandée au profit de populations qui n’ont pas, naguère, bénéficié du respect républicain, prend place, avec ses spécificités, dans l’ensemble des politiques conduites pour les différentes catégories de populations en situation de fragilité. Les partenaires, les personnels mobilisés doivent être bien informés qu’il s’agit là de l’application légitime du principe d’égalité républicaine et non d’une discrimination, fût-elle positive".

JL

*(Cimade, Pastorale des Migrants, LDH, RESF, Bons samaritains).




jeudi 25 octobre 2018

ça va maman....




Une jeune migrante téléphone à sa mère, mais..... 

Ce petit film d'animation de Michel Digout (mettre le son) est à visionner en cliquant sur ça va maman: 3mn de poésie et d'émotion retenue pour dire l'insupportable.

vendredi 12 octobre 2018

Sciences Po à Sète



Ils seront peut-être journalistes, managers urbains ou pourquoi pas ministres? Ce jeudi 11 octobre, 32 étudiants en Master "Stratégies Territoriales et Urbaines" de Sciences Po, ont décidé de venir poser leur regard sur l'Ile Singulière dans le cadre d'une étude qu'ils ont consacrée à l'accueil des migrants.
Ils ont choisi Sète pour ses proportions de ville moyenne, sa situation maritime et son port, dont le Président à proposé récemment d'accueillir l'Aquarius.
Nous avons pendant près de 3h essuyé le feu nourri de leurs questions, plus pertinentes les unes que les autres, sur l'exercice de nos missions et l'organisation de nos divers engagements, en lien avec les pouvoirs publics et la population.
Nous nous réjouissons de l'intérêt porté à l'incontournable question des migrations par ceux qui contribueront sans doute un jour d'une façon ou d'une autre à tracer les contours de la ville et construire la société de demain. 
JL

samedi 18 août 2018

Aquarius, qui est concerné?


Alors que l'Aquarius était bloqué en pleine mer entre Malte et l'Italie avec 141 personnes à son bord, le Président des Ports Sud de France de la Région Occitanie, Jean-Claude Gayssot, a proposé à  SOS Méditerranée de l'accueillir à Sète.
Avec les les douze autres associations qui composent le collectif Sète terre d'accueil, nous avons appuyé sa proposition et demandé au Président de la République d'y répondre favorablement.
Sète n'est sans doute pas le port le plus proche de la zone où se trouvait l'Aquarius, mais il possède les infra-structures nécessaires à l'accueil du bateau. Le Port espagnol de Valencia n'était pas mieux situé, qui avait  reçu l'Aquarius au mois de Juin dernier avec 630 personnes à son bord.
Pourquoi  soutenir cette proposition?
Parce qu'aucun port de Méditerranée ne peut, ni ne doit, se sentir dédouané des appels lancés au large de ses côtes.
Parce que cette fois encore, il s'agissait de permettre rapidement que soit finalisée une opération de sauvetage en mer réalisée par l'Aquarius, et ramener sur la terre ferme ceux que l'on avait sauvés de la noyade -pour moitié des enfants- et qu'ils ne pouvaient rester confinés à bord indéfiniment.
Parce qu'une fois encore, nous étions sous la contrainte d'avoir à réagir dans l'urgence, du fait de l'incapacité des Etats Européens à se mettre d'accord sur une stratégie commune du traitement de cette grave question des migrations. 
Ce n'est pas faute d'interpeller depuis des mois notre gouvernement pour qu'il s'y emploie, y compris dans le cadre des  Etats Généraux des Migrations ! 

"Nous sommes en discussion avec les pays concernés pour que, dans le plein respect du droit de la mer, ce bateau puisse aller rapidement au port le plus proche" a déclaré avec assurance le Président de la République. 
Est-ce à dire qu'il y aurait, autour de la Méditerranée, des pays concernés dont le nôtre ne serait pas?
Ce n'est pas l'avis d'un certain nombre de responsables nationaux, régionaux et départementaux qui se sont exprimés, avec bonheur comme on pouvait l'attendre, en faveur de la proposition du Port.

"A-t-on demandé son avis au Maire de Sète?" a claironné un farouche opposant à l'accueil des naufragés.
Mais oui Monsieur, il semble que plusieurs médias aient tenté de le joindre, mais sans succès....
C'est bien dommage.

Janine Léger


dimanche 12 août 2018

1er Août 2018: ils l'ont votée!

La Loi Asile et immigration a été définitivement adoptée par l'Assemblée Nationale le 1er Août dernier, malgré les Etats Généraux des Migrations organisés par pas moins de mille six cent cinquante associations et collectifs ayant interpellé les Députés.
C'est l'esprit même de la Loi, tendant à considérer l'étranger a priori comme un fraudeur, qui constitue un recul flagrant des droits élémentaires.
Fichage, contrôles, tri et complexité accrue des procédures en sont les axes principaux, au mépris de la dignité et des droits fondamentaux des personnes.
Quelques exemples:
Allongement de la rétention inutile et coûteux, aux dires de tous les acteurs de la rétention, services de Police compris.
Suppression du recours suspensif pour les demandeurs d’asile et accroissement des procédures accélérées ne permettant pas de réunir les éléments nécessaires à l’examen de la demande.
Expulsions rendues possibles dorénavant sans passer devant le juge de la liberté et de la détention.
Temps de garde à vue inutilement  prolongé de 16 heures pour une personne contrôlée sans papier.
Durcissement de procédures pour les parents d'enfants français.
Possibilité pour les Préfectures de passer outre l'avis médical pour expulser un étranger malade.
Interdiction de retour constituant une double peine totalement injuste.
Enfermement de familles avec enfants et fichage biométrique des mineurs, contraire à la protection des Droits de l'Enfant en principe garantie par la Convention Internationale des Droits de l'Enfant.
Etc… etc…
La maltraitance institutionnelle observée ces dernières années par les acteurs sociaux et les associations de défense du droit des étrangers vient d’être  confirmée par le législateur qui en a fait officiellement une maltraitance d’Etat, sur le fondement d’une vision frileuse et étriquée des enjeux migratoires actuels, et bien loin du concept de mondialité cher à Edouard Glissantincluant pluralité, diversité et altérité.

Janine Léger

samedi 14 juillet 2018

14 Juillet: A Sète, on marche pour des maisons, pas des prisons


Une centaine de personnes se sont rassemblées ce samedi 14 juillet sur la Place Aristide Briand à l'heure où le soleil était à son zénith, répondant à l'appel d'un collectif d'associations d'un formidable éclectisme*.
Toutes venues exprimer leur refus de l'enfermement des étrangers au simple motif qu'ils n'ont pas de papiers, elles ont demandé que la même énergie soit mise au service de l'accueil que mérite leur détresse.
Un sympathique et talentueux quartet de jazz s'est installé sur le kiosque pour le plus grand bonheur des passants et de la clientèle attablée sur la place.
Mais il faut croire que la prise de la Bastille avec des fusils en 1789 fut chose plus aisée que l'occupation ce 14 Juillet 2018, du kiosque Franke par deux guitares, une clarinette et un banjo, puisque la Municipalité fit évacuer l'orchestre sur le champ et ferma illico à clé l'accès au kiosque! Un geste fort, sur le plan symbolique, apprécié à sa juste valeur....  
Quelques prises de paroles plus tard, le cortège s'est mis en marche  vers le Centre de Rétention Administrative, Quai François Maillol.
Lectures de témoignages, et musique encore sous les fenêtres des "retenus" pour lesquels on demande des maisons, pas des prisons.

Liberté pour les exilés enfermés.
Egalité entre tous les habitants du monde quelque soit leur lieu de naissance.
Fraternité, sororité, solidarité.

Janine Léger

*Appel national du collectif Bizi
Organisateurs locaux: Alternatiba-Thau, Attac Sète Bassin de Thau, ExCRAdition Générale, Migrants Bienvenus 34, Sète Terre d'Accueil (ACAT, ADEP 34, ARFP, Bons Samaritains, Cimade Sète, Défense des Marins Abandonnés, Emmaüs, Femmes du Soleil, JRS Welcome Hérault, Pastorale des Migrants, Rencontres Citoyennes, RESF Sète Bassin de Thau).












dimanche 8 juillet 2018

La fraternité, un principe constitutionnel

Ce vendredi, le Conseil Constitutionnel a consacré la valeur constitutionnelle du principe de fraternité dans l'aide aux migrants.
Le délit de solidarité comme on l'appelle, nous autres en fait, on s'en est toujours moqué. Même pas peur!
On connaissait la loi bien sûr, qui pouvait sanctionner de 5 ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende ceux qui aident les étrangers qui n'ont pas de papiers.
Pourtant rien ni personne n'avait jamais réussi à nous persuader qu'héberger, nourrir, transporter, accompagner ou aider des hommes et des femmes qui en ont besoin serait considéré comme un délit et pourrait  occasionner de gros ennuis avec la Justice à ceux qui s'y risquaient. On n'y pensait simplement pas. Pourquoi? 
Mais parce que des générations d'instituteurs nous avaient façonnés comme ça. De la leçon de morale jadis inscrite au tableau noir au conseil d'élèves débattant ensuite du "vivre ensemble" à l'école, on nous avait appris que pour être libres et égaux ils nous fallait d'abord être fraternels.
Ce 6 Juillet 2018, le Conseil Constitutionnel est venu confirmer que nos maîtres d'école n'avaient pas voué leur vie à une chimère et que l'attachement aux valeurs fondatrices de la République qui était le leur et qu'ils nous avaient inculqué n'était pas voué à l'obsolescence.
Alors si nous avons tout lieu de nous réjouir aujourd'hui de cette décision, ce n'est pas tant par soulagement de la disparition des peines encourues par les "solidaires" car elle ne changera pas fondamentalement nos pratiques. 
Non, c'est avant tout parce que cette résolution  contribue à rendre aux migrants  leur juste place: en consacrant la valeur constitutionnelle du principe de fraternité avec les étrangers sans papiers, elle signe la reconnaissance de leur statut premier de victime avant celui de contrevenant à la loi.
Et c'est ce changement de focale qui en est la vraie victoire.
Janine Léger



mercredi 13 juin 2018

Sète, son port, ses plages, ses bateaux, ses festivals, son CRA...


Photo E. Puerta
Un Centre de Rétention Administrative est un lieu où l'on enferme les étrangers contrôlés sans papiers.
C'est une prison, mais en moins bien. Celui de Sète en est une illustration douloureuse. Des locaux exigus où la promiscuité devient vite intolérable, une cour de promenade d'à peine 60m², deux parloirs minuscules où l'air fait cruellement défaut.
Dans les prisons de France, on propose du travail ou des activités pour occuper les détenus. Au CRA de Sète, 3 ballons de mousse, offerts par des membres du Réseau Education Sans Frontière qui leur rendent visite chaque semaine, constituent le seul dérivatif à cette privation insensée de liberté.
Il y a bien un poste de télévision dans une salle commune mais il ne diffuse qu'un seul programme depuis qu'on a retiré les piles de la télécommande, à cause des tentatives de suicide auxquelles se livrent  les "retenus" en les avalant lorsque le désespoir les étreint trop fort.
Scarifications, auto-mutilations, souffrance en continu sont le lot quotidien des personnes qui y sont enfermées. Depuis quelques temps, on y place aussi des mineurs isolés terrorisés qui ne comprennent pas pourquoi ils sont là.
C'est pourquoi Tieri Briet a décidé de s'enchaîner devant le CRA et d'entamer une grève de la faim, en solidarité avec "ses frères" grévistes de la faim enfermés de l'autre côté du mur.
Il faut être plein d'empathie et de courage pour se lancer dans une telle aventure. Il faut être déterminé et ne plus croire en rien ou  peut-être au contraire, croire que tout est encore possible.
Le geste fort de Tieri Briet fait parler les passants, agite le Landernau, et dérange le bel ordre établi, en braquant d'un seul coup les projecteurs sur un lieu bien caché de l'Ile Singulière dont nous pourrions bien avoir honte.
Parce qu'il n'a pas supporté l'insupportable, et parce qu'il veut que cela cesse, il faut soutenir Tieri Briet, et aussi tous ceux qui, de l'autre côté du mur vivent un intenable enfermement. 
Janine Léger



dimanche 10 juin 2018

Marche des EGM à Sète: le reportage

Le cinéaste G. Corporon
Merci à Gérard Corporon, Gilbert Raulet et Claude Dorner, pour avoir mis leur talent au service de la marche des Etats Généraux des Migrations organisée à Sète Dimanche 3 Juin.



jeudi 7 juin 2018

Christophe Castaner invite le collectif Sète terre d'accueil


Christophe Castaner

Le collectif associatif et citoyen "Sète terre d'accueil"a été invité samedi 2 juin à une rencontre avec Christophe Castaner, Secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement.
Il était accompagné de Christophe Euzet, Député de la 7ème Circonscription de l'Hérault.

Pierre CONFAVREUX (LDH)Notre collectif rassemble 13 entités, associations et groupes de citoyen(ne)s qui agissent depuis longtemps sur le terrain de l’accueil et/ou de la défense des droits et la dignité des étrangers. Conservant leur autonomie d’actions spécifiques mais mettant en commun leurs forces, atout d’efficacité supplémentaire.
Ce dimanche 3 juin, à Sète, une marche régionale est organisée dans le cadre des EGM (états généraux des migrations) qui réunissent, à ce jour, au niveau national, 1650 organisations et collectifs, soit plus de 200 000 adhérents et sympathisants, sans compter les effectifs des associations nationales.
Objectif : montrer que malgré toute la propagande, y compris gouvernementale, contre l’accueil des Migrants, voire parfois contre les Migrants eux-mêmes, nous sommes nombreux à vouloir pour eux un accueil digne et solidaire, ainsi qu’à vouloir dire NON au projet de loi Asile et Immigration.
A Sète, nous avons la chance d’habiter près de la Méditerranée mais comment oublier que c’est la frontière la plus meurtrière au monde? Comment la regarder désormais sans penser aux 30 000 disparus depuis 8 ans ? L’absence de toute solidarité européenne et le règlement dit de Dublin conduisent à une véritable lâcheté criminelle de l’Europe.
Mais cela n’exonère en aucun cas la France de sa responsabilité propre.
La loi en cours de discussion (6 juin au Sénat) a pour seul but de faciliter les expulsions et de trier entre les migrants, multipliant les entraves à l’accès au statut de réfugié.
Ce projet, malgré une légère retouche apportée par l’Assemblée Nationale, rend toujours illégale l’aide aux personnes dites en «situation irrégulière» ! Le fameux «délit de solidarité».Mais alors que devient notre devise républicaine, où sont nos valeurs d’égalité et de fraternité ?
Ce projet est fortement dénoncé par de nombreuses institutions officielles, notamment la CNDH ou le défenseur des droits de l’Homme ! Citons Jacques Toubon : «La manière dont les étrangers sont traités doit être conforme aux droits humains universels. Or, le demandeur d’asile est maltraité par ce projet de loi» ! …
A propos de cette loi, nous tenons à exprimer, à cet instant, notre total désaccord sur l’attitude de M. Euzet, député LREM, présent à vos côtés.
Il n’a même pas pris la peine de répondre à notre courrier du 24 février.
Il ne nous a pas reçus alors que ses collaborateurs s’y étaient engagés, à une occasion semblable à l’opération de ce jour (grande marche pour l’Europe organisée par votre Mouvement pour rencontrer les citoyens). Disons que ça augure mal des suites concrètes pour vos divers interlocuteurs d’aujourd’hui …
Enfin, M Euzet a voté pour cette loi alors même qu’il représente l’Assemblée Nationale à la CNCDH et que celle-ci a très logiquement exprimé un avis tout à fait défavorable à ce projet …, à l’unanimité !
A l’issue d’une visite de parlementaires au CRA (dont l’un de votre majorité, M Vignal), en début de cette année, ils sont sortis atterrés de ce qu’ils avaient vu. Evoquant même devant la presse une «torture psychologique» pour les retenus. Quant aux policiers qui ont reçu M Euzet quelques jours après, ils ont conclu qu’il n’y avait «ni efficacité, ni dignité» …. Et maintenant vous voulez doubler le temps de rétention, passant à 90 jours !
En son temps, M Sarkozy évoquait une politique de fermeté mais il précisait aussi, avec humanité.
Quant vous souteniez M Hollande, la petite nuance consistait à citer en premier l’humanité, mais en ajoutant vite, avec fermeté.
Et maintenant, MM Macron et Collomb n’invoquent plus que la seule fermeté !
M Collomb, bégayant du Pasqua, se lance même dans de douteuses plaisanteries sur le «benchmarking touristique» que pratiqueraient les migrants. Alors que le seul choix dont ceux ci  disposent, c’est entre la mort et une fuite particulièrement dangereuse vers des pays où ils sont mal reçus.
Pour conclure, M.Castaner, dans votre fameux calepin où vous sélectionnez ce que vous voulez faire remonter à «Jupiter», merci de noter que vous avez rencontré des femmes et des hommes qui continueront à aider à l’avenir toute personne migrante dans le besoin, même en situation dite irrégulière, au nom des valeurs d’égalité et de fraternité inscrites dans notre devise nationale, qui est le socle de notre République.
Des citoyen(ne)s qui se battent pour le retrait du règlement Dublin, la mise en œuvre d’une politique d’accueil et d’hospitalité, à l’opposé de la militarisation des frontières le respect des étrangers comme sujets de droit, le respect de leurs projets de vie (notamment en ce qui concerne le pays qu’ils souhaitent adopter, un droit commun européen de l’asile et du traitement des demandes.
Ces citoyen(ne)s espèrent vivement que renonçant aux postures et à une certaine démagogie, le gouvernement abandonnera ce projet absurde, inhumain et de toutes façons voués à l’échec.
Pour mettre enfin en place un accueil digne et solidaire.

Janine LEGER (Cimade): Je veux revenir sur  les principaux points de la Loi adoptée par l'Assemblée Nationale en première lecture et qui nous paraissent devoir être modifiés ou supprimés et également attirer votre attention sur  les pratiques intolérables qui ont cours et qu'il convient impérativement de changer.
L'allongement de la durée de la rétention dont tous les acteurs, fonctionnaires de la PAF compris, dénoncent l'inutilité, la directive Dublin, l'abandon scandaleux  des mineurs non accompagnés, la directive de non-retour pendant une durée rallongée, les conditions d'hébergement des étrangers en attente de régularisation et des déboutés du droit d'asile qui quittent les CADA et dont on sait pertinemment qu'ils ne retourneront pas d'où ils viennent. Déclarer que s'ils ont été déboutés, ils n'ont pas vocation à demeurer sur le territoire est une immense hypocrisie. 
Nous dénonçons également la suspicion prévalant systématiquement dans le traitement des dossiers et la quasi exigence de production de "certificats de tortures" pour les demandeurs d'asile. Enfin le délit de solidarité, intolérable...
Je m'inscris en faux contre la posture idéologique dans laquelle vous voulez nous enfermer en nous qualifiant "d'humanistes" et  de "généreux". Les pragmatiques, Monsieur, c'est nous ! Nous qui sommes sur le terrain et qui devons gérer quotidiennement et avec peu de moyens, les conséquences désastreuses de décisions injustes, coûteuses et inefficaces. Il faut que les pouvoirs publics acceptent de nous entendre et de travailler avec nous.
Concernant le Centre de Rétention Administrative de Sète, vous devez  connaître la souffrance des étrangers qui y sont enfermés, les tentatives de suicides et les auto-mutilations en  augmentation ces derniers mois, notamment chez les plus jeunes. (Insupportable état des lieux confirmé par  un médecin intervenant au CRA, présent dans la délégation et dénonçant également l'état et l'exiguïté des locaux). Ces lieux de privation de liberté n'ont pas lieu d'être et nous demandons purement et simplement leur fermeture.
Pour finir, qu'attend donc le Gouvernement auquel vous appartenez pour mettre  en oeuvre une dynamique gouvernementale en direction des autres pays de la Communauté Européenne, afin de mettre fin à l'abandon dans lequel on a laissé l'Italie ou la Grèce face à une gestion impossible de l'accueil des migrants?  Et ne pensez-vous pas qu'il y a lieu de s'interroger  sur les raisons géopolitiques de ces mouvements migratoires?

Martine et Philippe LECLERE (RESF): Le RESF effectue des visites régulières  au Centre de rétention et les "retenus" qui sont passés par la  prison  pour avoir refusé l'embarquement auquel on voulait les forcer avant d'arriver au CRA, préféreraient  y retourner car ils disent qu'ils y sont mieux traités! Certains "retenus" sont totalement perdus et ne comprennent pas pourquoi on les enferme.

Michèle BARGEON (Association des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture)J'ai 81 ans, et depuis 60 ans que je suis engagée pour la défense des étrangers, c'est le plus grand recul que j'ai constaté au niveau législatif!

Réponses de M. CASTANER
- Vous savez, benchmarking est un terme anglophone couramment utilisé.....
- Les mineurs non accompagnés seront désormais pris en charge à 100% par l'Etat.
- J'ai noté avec attention les informations que vous avez communiquées sur le CRA, qui divergent un tant soit peu, je dois le dire, de ce qu'on m'en avait dit.
- Sur Dublin, la suspicion a priori, la solidarité et l'accueil des Réfugiés en partenariat avec les associations et les collectivités locales, je suis d'accord avec vous, mais nous avons des approches différentes de la problématique posée par l'immigration.

* Les Rencontres Citoyennes, le Service Catholique de la Pastorale des Migrants, l'Accueil Migrants Cimade de Sète, le Réseau Education Sans Frontière Sète Bassin de Thau, La Ligue des droits de l'Homme Sète et Bassin de Thau, l'Association des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture, les Bons Samaritains, Les Femmes du Soleil, Emmaüs Sète Frontignan, JRS Welcome Hérault, L’Association d’Entraide Familiale Protestante, l'Association de Défense des Marins Abandonnés de Sète, les Pupilles de l’Enseignement Public 34.

lundi 4 juin 2018

Et même le Poufre était solidaire...


Bien sûr nous voulions rendre cette journée festive et elle le fut. La météo, la musique, les banderoles, les couleurs, les étoiles d'origamis, et 500 marcheurs joyeux et solidaires qui traversent la ville sous le soleil.
Parti du Môle à 11h, le cortège déroule lentement sa vague au son de la batucada le long des restos de la criée. Il fait beau, c'est dimanche et les terrasses sont pleines de monde. Nous voulions nous faire entendre: c'est réussi. Des applaudissements ça et là saluent notre passage. Des pouces se dressent en signe d'encouragement. Un musicien lève sa guitare et claque des accords de flamenco dans notre direction.
Vue sous cet angle, elle est pas belle ma ville? comme l'avait écrit jadis un journaliste relatant un autre événement citoyen organisé dans l'Ile Singulière. 
Bientôt le défilé investit  la Place de la Mairie pour un pique-nique partagé, sous l'oeil bienveillant du Poufre aussitôt drapé d'une toge digne de l'accueil du jour! 
Les marcheurs sont venus d'un peu partout et des demandeurs d'asile ont également rejoint notre "sit-in" festif. On goûte à tout autour des serviettes à carreaux déployées sur les pavés de la place, pendant que des enfants de toutes les couleurs s'éclaboussent avec l'eau de la fontaine. 
13h 30: il est temps de reprendre notre marche dans les rues plus ou moins animées de la ville et les réactions se font parfois plus directes.
"Prenez les chez vous!" lance une dame dans la file d'attente d'une boulangerie.
Vous avez parfaitement raison Madame, et nous sommes bien d'accord: il faut les prendre chez nous en Europe, en France et à Sète aussi. Que faire d'autre quand ils s'échouent à moitié morts sur nos côtes?
Enfin nous arrivons devant le Centre de Rétention Administrative où l'on enferme les étrangers qui ne parviennent pas à obtenir leurs papiers, dans des conditions qui ne font honneur à personne.
On entonne des chansons gaies, des chansons tristes et on colle des affiches pour dire les maux des "retenus".
Tout au long de cette belle journée, des orateurs, des artistes, des citoyens, des poètes, et des enfants aussi ont su trouver les mots et les gestes pour dire l'indicible et demander à être entendus.
Il est l'heure de se séparer. Voilà qu'il se met à pleuvoir...
Rentrés dans nos maisons, on apprendra dans la soirée que 48 corps ont été repêchés sur la côte tunisienne pendant que nous marchions dans les rues de Sète ce dimanche 3 Juin.

Janine Léger



































dimanche 27 mai 2018

Tous à Sète le 3 Juin !

Pour un accueil digne et solidaire, parce que l'humanité de demain se construit avec l'accueil d'aujourd'hui.


mardi 24 avril 2018

Dans la nuit de Dimanche...


Dans la nuit de Dimanche à Lundi, le projet de Loi Asile et Immigration a été adopté, au terme, dit-on, de discussions animées, en présence de seulement 58% des Députés.

La voix du Père Jean  n'est pas parvenue jusqu'à l'hémicycle, non plus que celles de diverses associations et des nombreux citoyens confrontés à l'accueil et l'accompagnement des étrangers qui frappent à notre porte, poussés par la nécessité.
Les notions de contrôle, d'enfermement, de bannissement et de répression ont donc pris le pas sur la volonté d'accueil, de solidarité et d'humanité. 
A la souffrance des migrants et demandeurs d'asile vient s'ajouter la maltraitance d'un Etat qui a préféré céder aux sirènes de ceux qui considèrent l'étranger comme une menace plutôt que comme une richesse. Ce n'est pas le bon chemin vers la paix et la justice sociale.
Quand donc nos gouvernements s'attaqueront-ils enfin aux causes des déplacements migratoires plutôt que de s'acharner à tenter vainement d'en enrayer les effets ?
JL

samedi 21 avril 2018

36 heures



Il y a urgence ! Le vote de la loi sur l’immigration qui devait avoir lieu aujourd’hui, parait reporté d’environ 36 heures. Il me semble que l’Eglise Catholique de France, qui s’est déjà exprimée clairement sur le sujet, peut mettre à profit ces 36 h, ce kairos, pour souligner encore des points essentiels. J’en rappelle ici l’un ou l’autre :

. Des vies sont menacées : la loi limite le droit d’asile à celles et ceux qui sont menacés physiquement pour combattre un régime politique. Mais beaucoup, surtout des milieux populaires, quittent un pays parce qu’ils sont menacés parfois de mort pour bien d’autres raisons : haines internes aux familles, urgence de sauver un proche, vendetta entre ethnies etc… Tout ceci n’est pas pris en compte par l’OFPRA.
. Beaucoup ont subi des traitements inhumains dans les pays par lesquels ils sont passés, en particulier ceux qui ayant moins d’argent, n’ont pu se payer l’avion. Les chanoines réguliers de l’abbaye de Conques ont tenu il y a 3 ans un colloque sur le sujet, en particulier sur les tortures pour rançon devant téléphones portables pour que les familles même très peu fortunées, payent, en se ruinant et en ruinant parfois leurs proches. Libye, Sinai, Soudan, Erythrée étaient les pays les plus cités. Beaucoup de jeunes qui ont subi tout cela finissent par arriver chez nous. On leur demandera de donner des preuves des mauvais traitements subis, comme si ces pays, où souvent les milices règnent, allaient les fournir… Ils ont vécu des traumatismes graves mais aussi ils ont eu beaucoup de courage. Après un temps de soin et de formation chez nous, ils pourraient être aptes à servir un développement (avec tout ce que ce mot comporte) dans le pays d’où ils viennent. Il y a parmi eux beaucoup de mineurs. Les procédures Dublin leur compliquent énormément les choses. La CIMADE et d’autres organismes constituent des dossiers importants. Allons-nous leur fermer la porte ?
. Des vies sont en jeu aussi pour les migrants économiques. Certes, c’est une excellente chose d’essayer de faciliter le développement économique de ces pays. Souvenons-nous que nous avons souvent acheté à bas prix leurs matières premières ; les grandes entreprises ont fait de gros bénéfices qui ont surtout profité aux actionnaires européens, américains, asiatiques ou australiens. Ceux qui fuient la misère le font souvent pour sauver des vies, dans la famille ou dans le village alors que la sécu n’existe pas et que les plus modestes auront bien difficilement accès à l’hôpital. St Thomas d’Aquin affirme, m’a-t-on dit au séminaire, qu’une personne est en droit de voler si sa vie lui parait en jeu. Evidemment ce n’est pas cela qu’on veut. Un développement des pays est possible si les pays plus riches y mettent du leur et répartissent mieux chez eux ces richesses. Si l’écart des revenus entre les uns et les autres cesse ou diminue sa tendance exponentielle. On éviterait par là que les milieux populaires mettent leur espérance dans des groupes où ils n’ont rien à gagner.
. Des vies sont en jeu aussi du côté de ceux qui déjà s’efforcent d’accueillir. Certes j’espère qu’on ne rétablira pas la guillotine. Mais des peines de prisons (comme si elles n’étaient pas assez pleines) et des amendes dissuasives. Supprimera t on en France le délit de ‘non-assistance à personne en danger’ ? Quand la température est au-dessous de zéro degré, ceux qui font des maraudes et s’efforcent de convaincre ceux qui dorment dehors d’accepter un toit, devront-ils trier entre les sans domiciles fixes et les déboutés ? ‘Accueillir, protéger, promouvoir, intégrer’, ces mots que François a gravés dans beaucoup de mémoires sont-ils dépassés ? De tout temps, notre Eglise, qui certes a ses limites et ses péchés, a essayé de palier pour une part les déficiences de la société civile (en favorisant l’accueil, les écoles, les hôpitaux). Cela n’est plus d’actualité ? Nos ‘haltes solidarité’ de divers types devront-elles ouvrir leur porte à la police pour qu’elle trie ceux qui ont vocation d’être en centre de rétention (90 jours d’angoisse avant un ‘portez-vous bien’) ?
. La vie des accueillants est menacée dans leurs valeurs les plus profondes. Et peut-être dans leur chemin vers la foi. Paul propose aux galates ‘la foi agissant par l’agapè’ et, complémentairement, Jésus dans Jean indique que c’est en mettant en actes la vérité que l’on s’approche de la lumière. Notre Eglise doit défendre aujourd’hui ces chemins de la foi. En aura-t-elle, durant les 36 h qui nous sont données (par Dieu), le courage ? 

Père Jean Landier 
Responsable du Service Catholique de la Pastorale des Migrants, membre du Collectif Roms "Mon voisin c'est toi" et du Collectif "Sète terre d'accueil".

jeudi 29 mars 2018

Attention: chute de droits






Un nouveau projet de loi Asile et Immigration sera prochainement examiné par l'Assemblée Nationale. C'est le troisième en quatre ans, mais rien ne justifie une telle frénésie législative.

A l'Accueil Migrants Cimade de Sète, créé en 2006, nous recevons à peu près deux cents personnes par an.
On ne le dira jamais assez: comme Yazid, Lamine et Fadela (voir ici), tous migrent par nécessité. C'est la misère, la guerre, l'isolement, la soif de liberté, bref le désir légitime d'une vie meilleure, qui pousse les gens à s'exiler.
Savent-ils en partant qu'ils ne pourront pas travailler, pas se nourrir, pas se loger dignement?
Savent-ils qu'ils devront apprendre à vivre, parfois pendant des années, avec la peur d'être arrêtés et enfermés dans un Centre de Rétention Administrative comme celui que nous avons à Sète au Quai François Maillol, puis expulsés parfois sans ménagement?
Savent-ils qu'ils auront à subir le rejet, l'humiliation et la maltraitance, dans une indifférence quasi générale? 

Qu'il s'agisse des demandeurs d'asile que l'on renvoie sans examen de leur demande vers le 1er pays d'Europe où ils ont posé le pied, des mineurs étrangers isolés ou encore des femmes (et des hommes aussi parfois) victimes de violences familiales, mais également des familles Roms du Bd Martelli (pourtant européennes), nous faisons année après année ce terrible constat: la situation des sans papiers n'a eu de cesse de s'aggraver au fur et à mesure des différents gouvernements qui se sont succédés, toutes tendances politiques confondues, et il est de plus en plus difficile d'obtenir un droit au séjour en France.

Devant le projet de Loi qui s'annonce, il faut se mobiliser plus que jamais pour faire cesser la suspicion de fraude systématique qui prévaut  dans le traitement des dossiers, et refuser l'approche répressive des textes qui vont être proposés à l'Assemblée Nationale. Il faut que soit définitivement mis un terme à la violence institutionnelle et administrative, pour ne pas dire à la violence d'Etat, qui viennent s'ajouter à la souffrance des étrangers sans papiers.
C'est une question de dignité, pour eux comme pour nous. Laisser faire, c'est prendre le risque de perdre encore un peu de notre humanité....

Janine Léger

mardi 27 mars 2018

Paroles de sans papiers


                                                            
Yazid* 

Je suis marocain. Je suis venu en France avec mon Bac poche: j’avais envie de liberté et je voulais fuir la corruption, le trafic...
J’ai rencontré Linda à Montpellier: elle faisait des études d’infirmière.
Après deux ans, nous avons décidé de nous marier.
Démarches faites en Mairie, la date du mariage a été fixée pour le mois de février.
Mais coup de tonnerre fin janvier, un appel téléphonique de la Mairie nous informe que le mariage est annulé!
Parce que je suis marocain et qu'elle est française, le Procureur de la République soupçonne un mariage blanc, dit que je suis entré sans visa, qu'il n'y a pas de vie commune, que je travaille sans autorisation et que je ne parle pas bien le français.
Nous sommes stupéfaits: tout est faux! je suis venu avec un visa, je ne travaille pas malheureusement, et j’apprends le français grâce aux cours donnés à la Cimade.
Deux jours plus tard, la Police est venue me chercher à mon domicile. Je me suis enfui par l’escalier pendant qu’ils prenaient l’ascenseur. Je n'ai pas eu le temps de mettre mes chaussures.
Depuis ce jour, je ne peux plus rentrer chez moi, je me cache chez un ami dans un autre département, je ne vois presque plus ma compagne.
Nous n'en pouvons plus d'être traqués, d'être obligés de vivre cachés, séparés, de ne pas avoir une vie normale, de vivre comme des bannis dans la clandestinité et la peur... Ce n'est pas juste de séparer des gens qui s'aiment.
Je croyais qu'en venant en France, le pays des droits de l'Homme, je pourrais vivre dans une société libre, ouverte, démocratique.



                                        
                                                                Lamine* 

J'ai quitté la Guinée pour chercher du travail car dans mon pays, c'est dur....
Je suis passé par le Mali, puis le Niger. Ensuite je suis allé en Lybie.
Au bout de quelques jours, j'ai été arrêté par la Police lybienne et jeté en prison pendant 7 mois. Ils m'ont pris tout ce que j'avais sur moi: vêtements, téléphone, argent, et mes papiers aussi.
En prison, c'était très dur. On ne nous donnait pas à manger tous les jours. Et puis j'ai été frappé et torturé par les gardiens qui m'attachaient.
Ils me pendaient par les pieds, et me frappaient avec un bâton tous les jours, le matin et le soir. C'est comme ça qu'ils m'ont cassé le pied. Les autres prisonniers m'ont fait une attelle avec deux morceaux de bois et un tee-shirt déchiré.
Les gardiens me demandaient de l'argent. Ils me demandaient de téléphoner à ma famille pour qu'ils envoient de l'argent mais ma famille n'a pas d'argent.
Alors ils ont pris une dizaine parmi nous et ils nous ont vendus, oui ils nous ont vendus!... Vendus à un homme qui nous a fait travailler et qui nous donnait un peu à manger. J'ai demandé à ma famille de vendre les affaires que j'avais laissées au village et avec l'argent j'ai racheté ma liberté. C'est le plus important. Après je suis parti au bord de la mer et j'ai embarqué pour 1500 dinars sur un Zodiac avec d'autres passagers. Un cargo de marchandises nous a trouvés en pleine mer et nous a reccueillis à son bord. Ils nous ont amenés en Sicile et je me suis débrouillé pour arriver jusqu'ici où habite un membre de ma famille. J'ai demandé l'asile mais la France me renvoie en Italie. Je ne connais personne en Italie et je parle seulement français. J'ai peur d'être arrêté. 

                                                               Fadela*

Je suis venue en France en 2003 pour rejoindre ma famille et ne pas rester seule au Maroc.
Parce que j'ai un frère français qui vit à Montpellier avec sa femme et ses enfants, et un autre qui a une carte de résident à Marseille.
J'ai aussi un autre frère qui habite en Hollande avec sa famille et qui a pris notre mère en charge depuis la mort de notre père.
Depuis quinze ans, je travaille, je paie des impôts, je cotise à la sécurité Sociale, je n'ai jamais touché aucune aide financière de l'Etat.
J'habite un logement insalubre et sans chauffage que je paie 480 euros par mois et la propriétaire me fait entretenir toute la cage d'escalier en plus.
Neuf fois depuis 15 ans j'ai demandé à la Préfecture de me donner un titre de séjour. Et neuf fois elle a refusé parce qu'elle soupçonne mes Chèques Emplois Service d'être des chèques de complaisance! Je ne comprends pas pourquoi.
Je travaille beaucoup. Je fais le ménage, je fais la cuisine. J'ai des patronnes gentilles mais d'autres non...
Je n'ai pas de mari, pas d'enfants. C'est pour ça que la Préfecture dit que je n'ai pas de vie privée ici... Et mes amies, et toute ma vie ici depuis quinze ans, ça ne compte pas?
J'ai reçu une obligation de quitter le territoire avec une interdiction de retour pendant deux ans, mais je ne sais pas où aller au Maroc. Je n'ai plus personne là-bas. Je n'en peux plus. Des fois quand je marche au bord du canal, je pense.....
C'est trop difficile de continuer comme ça. Pourquoi?... Pourquoi?...

Témoignages recueillis par JL


* Prénoms d'emprunt