dimanche 30 octobre 2016

SOS Méditerranée



SOS MÉDITERRANÉE


Ainsi parle le commandant Follézou.
Erwan Follézou, ancien capitaine de la marine marchande, est pilote du port de Sète depuis 13 ans. Il essaie de concilier sa vie de famille (il est marié et père de deux enfants de 12 et 14 ans) avec les contraintes de son métier et son engagement dans l'association SOS Méditerranée dont il fait partie depuis sa fondation. Car il se sent concerné par le sort de ceux que l'on nomme "les migrants", pour qui, trop souvent, le départ vers l'Europe est le dernier voyage.
 Et pour le commandant Follézou, c'est inacceptable. Les idéaux humanistes de l'Europe ne devraient pas le permettre. Et quand, en tant que citoyen d'un pays de la communauté européenne, on tente de faire vivre ses valeurs, la mort par noyade de dizaines de milliers d'êtres humains paraît une anomalie majeure. Alors, au nom de la très ancienne solidarité des gens de mer, on se sent tenu de porter secours à ceux que, dans d'autres cultures, on nomme "les fils d'Adam" et ceux-là meurent. En tant que marin, "quand on a connu des situations critiques où le naufrage était proche", quand on a éprouvé "une grande solitude" face à des évènements extrêmes, eh bien, "quand il y a des gens qui se noient, on va les chercher". Surtout que "ces gens ne sont pas des marins". Des trafiquants les ont volés, réduits en esclavage. Et c'est de nuit, "à coup de crosse" que "les fils d'Adam" sont entassés par centaines dans ce que l'on appelle des embarcations qui deviennent vite "de nouveaux radeaux de la Méduse".
Face à ce problème géopolitique, la classe politique européenne "a un autre agenda". Mais, loin des forces antagonistes à l'œuvre et des batailles d'intérêt qui agitent les milieux bruxellois, "les migrants" quittent les côtes d'Afrique et tentent de gagner l'Italie, porte d'entrée de l'Europe. Pour l'association SOS Méditerranée, sur 100 000 migrants recensés, 20 000 ont été secourus par des organisations humanitaires, 10 000 par SOS Méditerranée et le reste par les militaires italiens. "Ils font le boulot", assidûment, obscurément, "sans reconnaissance" d'aucune sorte. Alors, pour essayer d'amoindrir un des grands drames de notre époque, Erwan Follézou "a fait bénéficier SOS Méditerranée de son expertise maritime". Aux côtés d'un capitaine de la marine marchande allemande et d'une spécialiste de l'action humanitaire, il aide à mettre en forme les projets d'intervention en mer. D'autres s'occupent de la logistique, de la gestion. Et puis, comme il y a urgence, à partir du 15 octobre, il va se mettre en congé et œuvrer concrètement en mer.
 Il aidera à sauver ceux qui peuvent l'être et aura "la liberté de témoigner" de la gravité du problème des migrants. A Sète, y travaillent déjà "Accueil migrants" (qui a fait parvenir un million d'Euros à SOS Méditerranée), "Réseau d'Education sans frontière" et l'action peut prendre plus d'ampleur. Car "les gens sont sensibles au problème quand il est mis en évidence". C'est le commandant Follézou qui le dit.
Hervé le Blanche


Merci à Monsieur Leblanche pour cet article, mais l'Accueil Migrants de Sète précise que, bien qu'elle eût aimé le faire,  elle n'est pas du tout en mesure de pouvoir financer une telle opération à hauteur d'un million d'euros! Il s'agit sans doute d'une erreur...
Par ailleurs, nous saluons ici  l'engagement de la famille Follezou auprès des migrants: Florence, épouse d'Erwan, a fait partie de notre équipe de bénévoles dès son arrivée à Sète, et ce jusqu' son retour à l'emploi. Elle continue aujourd'hui  à accompagner toutes nos actions. 
JL



samedi 8 octobre 2016

A toutes les Faïza du monde



Elle s’appelle Faïza1. Elle a de beaux yeux noirs en amande, bordés de khôl. En la regardant, on pourrait se croire dans un conte des mille et une nuits....
Mariée à un français d'origine marocaine, Faïza arrive en France en 2002, où elle a envie de vivre en femme libre. Mais pas de chance : son mari est alcoolique... Il a des sautes d'humeur, perd son travail, la bat.
Alors Faïza, pétrie de honte se sauve, obtient le divorce et perd en rompant son mariage le titre de séjour obtenu comme conjointe de français.
2004...2005...2006... C'est la galère.
D'hébergement d'urgence en logement précaire, ballottée d'un foyer charitable à un autre au gré de la tolérance du chef de famille, elle peine à conserver son beau sourire.
Les petits boulots, même mal payés se font de plus en plus rares au fil du temps qui passe.
D'année en année, les demandes de régularisation sont déposées sans succès auprès de la Préfecture qui lui refuse obstinément le droit au séjour, malgré les longues années passées à Sète auprès de sa sœur qui y réside.
2007...2008...2009...Le temps s'écoule, la galère encore et les procédures.... Faïza est toujours sans papiers.
C'est alors qu'elle fait une jolie rencontre: le monsieur n'est plus très jeune, c'est vrai, mais il est gentil. Elle est douce et bonne cuisinière. Ils décident d'officialiser leur union et les bans sont publiés. Hélas Faïza n'a décidément pas de chance : le futur époux succombe à un infarctus quatre jours avant de conduire sa promise devant Monsieur le Maire !
Pendant quelques mois pourtant, la vie avait enfin semblé sourire à Faïza ...
2010... 2011... 2012... 2013... Voilà qu'un « ami » propose de rendre service à Faïza : « Si tu veux, je peux t'aider, on se marie et tu pourras avoir des papiers ».
Plus de dix ans passés à demander une régularisation qu'on ne lui accorde pas, dix ans de désespoir, une vie qui n'en est pas une : la proposition est tentante et Faïza n'y résiste pas longtemps. Elle possède quelques économies amassées jour après jour, et ne trouve pas grand chose à objecter aux demandes de compensation financière qui lui sont faites par cet homme (mais peut-on encore l'appeler un homme?...) qui profite si lâchement de son désarroi.
Il ne reste bientôt plus rien du maigre pécule de Faïza lorsque, est-ce un hasard, le couple est convoqué par la Police pour suspicion de mariage blanc 2.
Là, tout va très vite : l'ex futur marié est évacué par une porte, tandis qu'on fait sortir Faïza par une autre, munie d'une décision d'expulsion du territoire en bonne et dûe forme vers un pays qu'elle a quitté il y a plus de dix ans.
La sanction pour elle est immédiate et aucun procès verbal de sa déposition ne lui sera remis.
Le faux ami quant à lui a disparu dans la nature, sans être inquiété le moins du monde.
Nous avons accompagné Faïza à l'aéroport, en silence, et nous avons attendu avec elle l'heure de l'embarquement.
Un dernier geste du bras levé, un dernier baiser envoyé de sa main, et Faïza a disparu dans la file des voyageurs, escortée par un policier ému.

Il y a quelques jours, Faïza est morte.
On l'a trouvée dans son lit au petit matin, dans la maison de son frère qui l'avait recueillie à son retour au pays.

Elle s’appelait Faïza. Elle avait de beaux yeux noirs en amande, bordés de khôl.
JL

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1 Le prénom a été changé
2 Mariage de complaisance