mardi 4 août 2015

Selon que vous serez puissant ou misérable

Un dimanche au Mas Coulet

Mesdames, Messieurs,

Chacune des 5 associations qui constitue, avec des individuels, le collectif du Mas Coulet sait depuis longtemps, et apprend tous les jours, qu’elle n’a pas le monopole du cœur. 
Nos seules forces sont l’attention à ce qui s’est vécu sur le parking, le soutien apporté à ceux qui, sur le terrain, essayaient de dépasser les conflits, l’encouragement à ceux qui, tant bien que mal, essayaient de faire valoir les droits fondamentaux des personnes et des familles. Nous pouvions nous réjouir d’un certain nombre de fleurs, certes fragiles, qui ont réussi à éclore là aussi.

Les délégués du collectif les détailleront à la rencontre de ce lundi (ndr: avec les services de la Direction Départementale de la Cohésion Sociale) et j'espère qu’on prendra le temps d’en écouter le récit : autour de la domiciliation, du soutien scolaire, de l’inscription dans les écoles et le collège, de l’accès à l’eau et aux toilettes, de la recherche d’emploi, des fêtes ouvertes à la population etc…

Tout cet effort, patient et bénévole visant l’insertion, affrontait, nous le savions, des obstacles considérables : le Mas Coulet est vu comme une tache dans la ville ; la population y souffre du sous-emploi ; les listes d’attente pour un logement correct sont longues; bien des humanistes, y compris dans les services sociaux, en perdent le moral ; des perspectives d’avenir s’ouvrent pour le Front National…

Les causes sont moins bien perçues; il semblerait même  qu’on évite de porter la réflexion jusque là. Le chômage n’a-t-il pas un lien avec l’écart des revenus, croissant de manière indécente, depuis un certain nombre d’années ? 
L’afflux d’étrangers (tout relatif qu’il est en France) n’a-t-il pas un lien avec les massacres et tortures en grande échelle pratiquées dans  certaines régions du monde ? Dictatures et corruption ne sont-elles pas la réponse – tout à fait inadéquate – aux pillages des ressources par des groupes soutenus par de puissants réseaux financiers ? 
Ces mêmes réseaux qui pourrissent la planète par la pollution des océans, de l’air, des pôles et font apparaître le vote comme inutile etc…

Parmi les populations qui se côtoient au Mas Coulet, se trouve une majorité de Roms, liés aux Tsiganes (Romanichels), de ce fait mal vues dans les pays où ils ont séjourné comme la Hongrie et la Roumanie. La Roumanie est devenue membre de l’Union Européenne en 2007. Les ressortissants ont eu droit de circuler en Europe, mais une clause valable 7 ans leur interdisait d’y travailler : voilà bien une des causes de la mauvaise réputation faite aux Roms chez nous. ‘Ils font mendier les enfants’… 
Quand cette clause expire, l’an dernier, un certain nombre deviennent auto-entrepreneurs; ils récupèrent la ferraille, ce qui est bien utile pour nous. Mais voici que des décisions de justice tombent, suivies d’obligations de quitter le territoire françai, parce que leur revenu actuel est insuffisant pour faire vivre une famille… ‘Suivant que vous serez puissant ou misérable, les décisions de cour…’

Que faire devant tout cela ? Vous me permettrez de faire de la pub pour un brave homme qui n’a pas mâché ses mots à Lampedusa ! Le plus urgent est de lire et faire lire la dernière lettre de François ‘Laudato si’ qui en dit plus que moi sur les causes et les perspectives.

Nous pourrons aussi faire comprendre, au travers des conversations, que  le mas Coulet n’est pas la honte de Sète qu'il faudrait vite faire disparaître avant les festivités de la Saint-Louis; mais au contraire un lieu où se vivent de fort belles choses, certes dans des conditions déplorables qu’il convient d’améliorer. Améliorer n'est pas casser.

Bien sûr, pour les perspectives d’avenir, nous devons intégrer ceux qui, pour des raisons familiales voire personnelles, et aussi à cause des menaces diverses, ont fait le choix de quitter momentanément le Mas Coulet au début de l’été. Parmi eux, certains ont été les premiers acteurs de la vie globalement pacifique sur le camp depuis 2 ans. 
Nous avons tous constaté combien ces menaces, venant des autorités et forces de l’ordre, perturbaient  la cohésion des résidents et ruinaient l’effort d’intégration.
Je souhaite que les solutions à trouver ne rendent pas plus difficile la scolarisation et l’accès aux soins pour tous.

 Jean Landier, Prêtre (Pastorale des Migrants)

2 commentaires:

  1. Franchir la barrière de bois et faire connaissance avec les Roumains m'a beaucoup apporté. La remarque "l'inconnu fait peur" prend tout son sens. Les connaitre m'a enrichie. J'ai trouvé de l'éducation, des valeurs familiales. J'ai vu comme il est difficile pour les enfants de faire les devoirs à la lumière du réverbère, d'attendre dix heures du soir pour apprendre les leçons car à ce moment là il y a du calme dans la caravane souvent surpeuplée et appris que ces mêmes enfants restent du soir 18 ou 20 heures, moment auquel ils grignotent ce qu'il y a dans les cartons qui servent de placard jusqu'au lendemain midi et le repas de la cantine sans manger. Ils sont pourtant souriants, polis, honnêtes et donnent des lečons de vie.
    Ils me manquent déjà.

    Roselyne Dalmas qui a eu l'honneur de faire, sur le camp, du soutien scolaire.

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  2. Merci Roselyne pour ce témoignage "de terrain". Tellement de gens parlent d'eux sans savoir...
    Tu le sais, le collectif "Mon Voisin C'est Toi" met toutes ses forces dans la prise en compte de ces familles par les pouvoirs publics et nous attendons comme toi le retour des enfants, partis comme beaucoup d'autres enfants de Sète ou d'ailleurs, rendre visite à leurs grands-parents pendant les vacances.
    Janine

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