mardi 18 août 2015

Le Mas Coulet est évacué

Mardi matin: les tractopelles entrent en action.








Le collectif de soutien aux personnes occupant le  Mas Coulet, "Mon Voisin C'est Toi", s’est constitué  autour d’un objectif : pas d’expulsion sans solution. 
Depuis plus d’un an, il interpelle les pouvoirs publics (Maire, CCAS, Préfecture, Département) afin de préparer l’évacuation inéluctable du terrain, tout en accompagnant les personnes qui en ont besoin dans leur démarches administratives et d’insertion.

Hélas  c'est au dernier moment, quand  le Maire demande l’évacuation du parking du Mas Coulet juste  avant la Saint-Louis, que l'on se décide enfin à s'occuper de la question. 

Une réunion d’urgence a donc lieu le 3 Août à la Direction Départementale de la Cohésion Sociale, à laquelle, à force d'insistance, le collectif a pu participer.

Le Maire de Sète, alors sommé de s’impliquer un tant soit peu dans la recherche de solutions alternatives, ne propose  rien moins qu’une migration des habitants du Mas Coulet vers une aire de grand passage située à .... Mauguio ! 

Outre que celle-ci est conçue pour le déplacement de gros convois de gens du voyage (ce que ne sont pas les habitants du Mas Coulet), qu’elle est extérieure à la ville et totalement inadaptée à la vie des familles dont les enfants sont scolarisés, le collectif découvre et informe les pouvoirs publics que cette aire de grand passage vient d’être fermée pour cause de travaux d’extension de l’autoroute et d’aménagement de la ligne de TGV ! 

Qu’à cela ne tienne, le Maire propose alors d'envoyer les familles sur une aire d’accueil de La Grande Motte. Mais il n'a décidément pas la main heureuse: celle-ci  ferme à partir du 30 Septembre car elle située en zone inondable !

Quand on sait que la majeure partie des enfants vivant sur ce campement sont scolarisés dans les groupes scolaires Lakanal, Gaston Baby et Victor Hugo depuis plusieurs années, et que certaines personnes ont des prises en charge médicales importantes à l‘Hôpital de Sète, cette façon d’évacuer le problème à la va-vite est non seulement intolérable mais totalement contraire à l’esprit de la circulaire du 26 Août 2012 prévoyant les modalités d’évacuation des campements illicites. 

Ces propositions de déplacement complètement irréalistes qui leur ont été faites ne vont  pas permettre aux habitants du Mas Coulet d’intégrer le cadre de la loi sensée régir leur situation.

Les "ex" occupants du Mas Coulet se sont donc débrouillés comme ils ont pu pour évacuer le parking, (avant l'arrivée des tractopelles en action ce matin).

Une fois de plus, faute d'avoir anticipé, on a déplacé le problème mais on ne l'a toujours pas réglé...

JL 

Mardi midi: le Mas Coulet est évacué.



mardi 4 août 2015

Selon que vous serez puissant ou misérable

Un dimanche au Mas Coulet

Mesdames, Messieurs,

Chacune des 5 associations qui constitue, avec des individuels, le collectif du Mas Coulet sait depuis longtemps, et apprend tous les jours, qu’elle n’a pas le monopole du cœur. 
Nos seules forces sont l’attention à ce qui s’est vécu sur le parking, le soutien apporté à ceux qui, sur le terrain, essayaient de dépasser les conflits, l’encouragement à ceux qui, tant bien que mal, essayaient de faire valoir les droits fondamentaux des personnes et des familles. Nous pouvions nous réjouir d’un certain nombre de fleurs, certes fragiles, qui ont réussi à éclore là aussi.

Les délégués du collectif les détailleront à la rencontre de ce lundi (ndr: avec les services de la Direction Départementale de la Cohésion Sociale) et j'espère qu’on prendra le temps d’en écouter le récit : autour de la domiciliation, du soutien scolaire, de l’inscription dans les écoles et le collège, de l’accès à l’eau et aux toilettes, de la recherche d’emploi, des fêtes ouvertes à la population etc…

Tout cet effort, patient et bénévole visant l’insertion, affrontait, nous le savions, des obstacles considérables : le Mas Coulet est vu comme une tache dans la ville ; la population y souffre du sous-emploi ; les listes d’attente pour un logement correct sont longues; bien des humanistes, y compris dans les services sociaux, en perdent le moral ; des perspectives d’avenir s’ouvrent pour le Front National…

Les causes sont moins bien perçues; il semblerait même  qu’on évite de porter la réflexion jusque là. Le chômage n’a-t-il pas un lien avec l’écart des revenus, croissant de manière indécente, depuis un certain nombre d’années ? 
L’afflux d’étrangers (tout relatif qu’il est en France) n’a-t-il pas un lien avec les massacres et tortures en grande échelle pratiquées dans  certaines régions du monde ? Dictatures et corruption ne sont-elles pas la réponse – tout à fait inadéquate – aux pillages des ressources par des groupes soutenus par de puissants réseaux financiers ? 
Ces mêmes réseaux qui pourrissent la planète par la pollution des océans, de l’air, des pôles et font apparaître le vote comme inutile etc…

Parmi les populations qui se côtoient au Mas Coulet, se trouve une majorité de Roms, liés aux Tsiganes (Romanichels), de ce fait mal vues dans les pays où ils ont séjourné comme la Hongrie et la Roumanie. La Roumanie est devenue membre de l’Union Européenne en 2007. Les ressortissants ont eu droit de circuler en Europe, mais une clause valable 7 ans leur interdisait d’y travailler : voilà bien une des causes de la mauvaise réputation faite aux Roms chez nous. ‘Ils font mendier les enfants’… 
Quand cette clause expire, l’an dernier, un certain nombre deviennent auto-entrepreneurs; ils récupèrent la ferraille, ce qui est bien utile pour nous. Mais voici que des décisions de justice tombent, suivies d’obligations de quitter le territoire françai, parce que leur revenu actuel est insuffisant pour faire vivre une famille… ‘Suivant que vous serez puissant ou misérable, les décisions de cour…’

Que faire devant tout cela ? Vous me permettrez de faire de la pub pour un brave homme qui n’a pas mâché ses mots à Lampedusa ! Le plus urgent est de lire et faire lire la dernière lettre de François ‘Laudato si’ qui en dit plus que moi sur les causes et les perspectives.

Nous pourrons aussi faire comprendre, au travers des conversations, que  le mas Coulet n’est pas la honte de Sète qu'il faudrait vite faire disparaître avant les festivités de la Saint-Louis; mais au contraire un lieu où se vivent de fort belles choses, certes dans des conditions déplorables qu’il convient d’améliorer. Améliorer n'est pas casser.

Bien sûr, pour les perspectives d’avenir, nous devons intégrer ceux qui, pour des raisons familiales voire personnelles, et aussi à cause des menaces diverses, ont fait le choix de quitter momentanément le Mas Coulet au début de l’été. Parmi eux, certains ont été les premiers acteurs de la vie globalement pacifique sur le camp depuis 2 ans. 
Nous avons tous constaté combien ces menaces, venant des autorités et forces de l’ordre, perturbaient  la cohésion des résidents et ruinaient l’effort d’intégration.
Je souhaite que les solutions à trouver ne rendent pas plus difficile la scolarisation et l’accès aux soins pour tous.

 Jean Landier, Prêtre (Pastorale des Migrants)

samedi 1 août 2015

Voix vives, ici ou là...

Ici, aux "micros autorisés"...

Sète 2015 nous vivons des vacances de rêve
Cette année 
Nous trempons nos corps ivres de soleil, dans une méditerranée pleine de cadavres
L'été bascule cul par dessus tête
À Calais, poussent des jungles
Des migrants tentent de faire le mur
À Paris, des réfugiés par centaines dorment à la rue
À Sète, Voix Vives a pris son quartier haut
Les poètes estampillés Méditerranée, un label de qualité 


En provenance directe avec un détour par l'exil
C'est bon pour l'authenticité
Les poètes POÈTISENT....

À Sète, en bas tout en bas,
Des voix d'hommes, de femmes et d'enfants
Des voix de la méditerranée et d'ailleurs
Des voix condamnées à l'errance
Des voix européennes rejetées dans les coins aveugles de notre société
Des voix, traînées dans la poussière
Des voix, écrasées de soleil, battues par la pluie 
Des voix caravanes, des voix qui chantent, des voix qui rient
Des voix qui aiment
À Sète, les voix d'en bas ne montent pas jusqu'aux micros autorisés
Jusqu'aux chaises longues parasols guinguettes

À Sète, dans cette ville qui se dit singulière 
À ce moment précis
Où résonnent les voix d'une centaine de poètes 
En des langues différentes
À Sète 
Le Maire expulse 
La centaine de voix qui vit
En bas
Tout en bas
Sur le parking du Mas Coulet       

Vos gueules les mouettes !

Joe

(Citoyenne militante du collectif Mon Voisin C'est Toi)
     
Là, au Mas Coulet...