dimanche 18 novembre 2018

Fermeture du camp de transition

Jeudi 15 Novembre: fermeture du camp...

... sous le regard attentif  du collectif associatif

Tout avait commencé en 2014, quand, après avoir été chassées d'un endroit à l'autre du Département au gré des expulsions dont elles faisaient systématiquement l'objet, des familles issues de la communauté Rom s'étaient installées  sur le Parking du Mas Coulet, puis dans des appartements désaffectés  du Bd Martelli. 
Un collectif associatif* et citoyen nommé "Mon voisin c'est toi" s'était alors constitué pour les soutenir dans leur difficile parcours d'intégration et demander aux pouvoirs publics d'appliquer le dispositif prévu par la circulaire relative à l'évacuation des campements illicites.
"Pas d'expulsion sans solution"! 
Tel était notre slogan qui a fini par être entendu et dès 2015, nous nous sommes imposés comme partenaires actifs et vigilants au sein du comité de pilotage géré par la Préfecture pour la conduite du projet de relogement et d'insertion. Nous avons alors fait le maximum pour mutualiser nos compétences malgré des positionnements respectifs parfois divergents et des désaccords profonds sur la méthodologie.
Pendant quatre ans, nous avons accompagné jour après jour ces familles dans toutes leurs démarches: soins, accès à l'emploi, scolarisation des enfants. 
Nous avons vécu des drames et aussi vu naître des bébés.
Rien ne fut facile mais nous avons pu créer au fil du temps des liens chaleureux avec la plupart d'entre eux et nous avons autant appris d'eux qu'ils ont appris de nous.
Jeudi dernier, le camp de transition qu'on leur avait assigné a fermé ses portes. Les algecos qui auraient peut-être pu servir d'abris à d'autres personnes sans domicile seront immédiatement démontés. 
Les familles ont emménagé une à une dans des logements pérennes à l'exception de trois d'entre elles qui ont fait le choix de sortir du dispositif tel que proposé.  
Aujourd'hui, nous nous réjouissons du résultat des actions menées ainsi que de la mobilisation associative et citoyenne grâce à laquelle tout cela a pu être possible.

Extrait de la Circulaire:
"L’action demandée au profit de populations qui n’ont pas, naguère, bénéficié du respect républicain, prend place, avec ses spécificités, dans l’ensemble des politiques conduites pour les différentes catégories de populations en situation de fragilité. Les partenaires, les personnels mobilisés doivent être bien informés qu’il s’agit là de l’application légitime du principe d’égalité républicaine et non d’une discrimination, fût-elle positive".

JL

*(Cimade, Pastorale des Migrants, LDH, RESF, Bons samaritains).




jeudi 25 octobre 2018

ça va maman....




Une jeune migrante téléphone à sa mère, mais..... 

Ce petit film d'animation de Michel Digout (mettre le son) est à visionner en cliquant sur ça va maman: 3mn de poésie et d'émotion retenue pour dire l'insupportable.

vendredi 12 octobre 2018

Sciences Po à Sète



Ils seront peut-être journalistes, managers urbains ou pourquoi pas ministres? Ce jeudi 11 octobre, 32 étudiants en Master "Stratégies Territoriales et Urbaines" de Sciences Po, ont décidé de venir poser leur regard sur l'Ile Singulière dans le cadre d'une étude qu'ils ont consacrée à l'accueil des migrants.
Ils ont choisi Sète pour ses proportions de ville moyenne, sa situation maritime et son port, dont le Président à proposé récemment d'accueillir l'Aquarius.
Nous avons pendant près de 3h essuyé le feu nourri de leurs questions, plus pertinentes les unes que les autres, sur l'exercice de nos missions et l'organisation de nos divers engagements, en lien avec les pouvoirs publics et la population.
Nous nous réjouissons de l'intérêt porté à l'incontournable question des migrations par ceux qui contribueront sans doute un jour d'une façon ou d'une autre à tracer les contours de la ville et construire la société de demain. 
JL

samedi 18 août 2018

Aquarius, qui est concerné?


Alors que l'Aquarius était bloqué en pleine mer entre Malte et l'Italie avec 141 personnes à son bord, le Président des Ports Sud de France de la Région Occitanie, Jean-Claude Gayssot, a proposé à  SOS Méditerranée de l'accueillir à Sète.
Avec les les douze autres associations qui composent le collectif Sète terre d'accueil, nous avons appuyé sa proposition et demandé au Président de la République d'y répondre favorablement.
Sète n'est sans doute pas le port le plus proche de la zone où se trouvait l'Aquarius, mais il possède les infra-structures nécessaires à l'accueil du bateau. Le Port espagnol de Valencia n'était pas mieux situé, qui avait  reçu l'Aquarius au mois de Juin dernier avec 630 personnes à son bord.
Pourquoi  soutenir cette proposition?
Parce qu'aucun port de Méditerranée ne peut, ni ne doit, se sentir dédouané des appels lancés au large de ses côtes.
Parce que cette fois encore, il s'agissait de permettre rapidement que soit finalisée une opération de sauvetage en mer réalisée par l'Aquarius, et ramener sur la terre ferme ceux que l'on avait sauvés de la noyade -pour moitié des enfants- et qu'ils ne pouvaient rester confinés à bord indéfiniment.
Parce qu'une fois encore, nous étions sous la contrainte d'avoir à réagir dans l'urgence, du fait de l'incapacité des Etats Européens à se mettre d'accord sur une stratégie commune du traitement de cette grave question des migrations. 
Ce n'est pas faute d'interpeller depuis des mois notre gouvernement pour qu'il s'y emploie, y compris dans le cadre des  Etats Généraux des Migrations ! 

"Nous sommes en discussion avec les pays concernés pour que, dans le plein respect du droit de la mer, ce bateau puisse aller rapidement au port le plus proche" a déclaré avec assurance le Président de la République. 
Est-ce à dire qu'il y aurait, autour de la Méditerranée, des pays concernés dont le nôtre ne serait pas?
Ce n'est pas l'avis d'un certain nombre de responsables nationaux, régionaux et départementaux qui se sont exprimés, avec bonheur comme on pouvait l'attendre, en faveur de la proposition du Port.

"A-t-on demandé son avis au Maire de Sète?" a claironné un farouche opposant à l'accueil des naufragés.
Mais oui Monsieur, il semble que plusieurs médias aient tenté de le joindre, mais sans succès....
C'est bien dommage.

Janine Léger


dimanche 12 août 2018

1er Août 2018: ils l'ont votée!

La Loi Asile et immigration a été définitivement adoptée par l'Assemblée Nationale le 1er Août dernier, malgré les Etats Généraux des Migrations organisés par pas moins de mille six cent cinquante associations et collectifs ayant interpellé les Députés.
C'est l'esprit même de la Loi, tendant à considérer l'étranger a priori comme un fraudeur, qui constitue un recul flagrant des droits élémentaires.
Fichage, contrôles, tri et complexité accrue des procédures en sont les axes principaux, au mépris de la dignité et des droits fondamentaux des personnes.
Quelques exemples:
Allongement de la rétention inutile et coûteux, aux dires de tous les acteurs de la rétention, services de Police compris.
Suppression du recours suspensif pour les demandeurs d’asile et accroissement des procédures accélérées ne permettant pas de réunir les éléments nécessaires à l’examen de la demande.
Expulsions rendues possibles dorénavant sans passer devant le juge de la liberté et de la détention.
Temps de garde à vue inutilement  prolongé de 16 heures pour une personne contrôlée sans papier.
Durcissement de procédures pour les parents d'enfants français.
Possibilité pour les Préfectures de passer outre l'avis médical pour expulser un étranger malade.
Interdiction de retour constituant une double peine totalement injuste.
Enfermement de familles avec enfants et fichage biométrique des mineurs, contraire à la protection des Droits de l'Enfant en principe garantie par la Convention Internationale des Droits de l'Enfant.
Etc… etc…
La maltraitance institutionnelle observée ces dernières années par les acteurs sociaux et les associations de défense du droit des étrangers vient d’être  confirmée par le législateur qui en a fait officiellement une maltraitance d’Etat, sur le fondement d’une vision frileuse et étriquée des enjeux migratoires actuels, et bien loin du concept de mondialité cher à Edouard Glissantincluant pluralité, diversité et altérité.

Janine Léger

samedi 14 juillet 2018

14 Juillet: A Sète, on marche pour des maisons, pas des prisons


Une centaine de personnes se sont rassemblées ce samedi 14 juillet sur la Place Aristide Briand à l'heure où le soleil était à son zénith, répondant à l'appel d'un collectif d'associations d'un formidable éclectisme*.
Toutes venues exprimer leur refus de l'enfermement des étrangers au simple motif qu'ils n'ont pas de papiers, elles ont demandé que la même énergie soit mise au service de l'accueil que mérite leur détresse.
Un sympathique et talentueux quartet de jazz s'est installé sur le kiosque pour le plus grand bonheur des passants et de la clientèle attablée sur la place.
Mais il faut croire que la prise de la Bastille avec des fusils en 1789 fut chose plus aisée que l'occupation ce 14 Juillet 2018, du kiosque Franke par deux guitares, une clarinette et un banjo, puisque la Municipalité fit évacuer l'orchestre sur le champ et ferma illico à clé l'accès au kiosque! Un geste fort, sur le plan symbolique, apprécié à sa juste valeur....  
Quelques prises de paroles plus tard, le cortège s'est mis en marche  vers le Centre de Rétention Administrative, Quai François Maillol.
Lectures de témoignages, et musique encore sous les fenêtres des "retenus" pour lesquels on demande des maisons, pas des prisons.

Liberté pour les exilés enfermés.
Egalité entre tous les habitants du monde quelque soit leur lieu de naissance.
Fraternité, sororité, solidarité.

Janine Léger

*Appel national du collectif Bizi
Organisateurs locaux: Alternatiba-Thau, Attac Sète Bassin de Thau, ExCRAdition Générale, Migrants Bienvenus 34, Sète Terre d'Accueil (ACAT, ADEP 34, ARFP, Bons Samaritains, Cimade Sète, Défense des Marins Abandonnés, Emmaüs, Femmes du Soleil, JRS Welcome Hérault, Pastorale des Migrants, Rencontres Citoyennes, RESF Sète Bassin de Thau).












dimanche 8 juillet 2018

La fraternité, un principe constitutionnel

Ce vendredi, le Conseil Constitutionnel a consacré la valeur constitutionnelle du principe de fraternité dans l'aide aux migrants.
Le délit de solidarité comme on l'appelle, nous autres en fait, on s'en est toujours moqué. Même pas peur!
On connaissait la loi bien sûr, qui pouvait sanctionner de 5 ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende ceux qui aident les étrangers qui n'ont pas de papiers.
Pourtant rien ni personne n'avait jamais réussi à nous persuader qu'héberger, nourrir, transporter, accompagner ou aider des hommes et des femmes qui en ont besoin serait considéré comme un délit et pourrait  occasionner de gros ennuis avec la Justice à ceux qui s'y risquaient. On n'y pensait simplement pas. Pourquoi? 
Mais parce que des générations d'instituteurs nous avaient façonnés comme ça. De la leçon de morale jadis inscrite au tableau noir au conseil d'élèves débattant ensuite du "vivre ensemble" à l'école, on nous avait appris que pour être libres et égaux ils nous fallait d'abord être fraternels.
Ce 6 Juillet 2018, le Conseil Constitutionnel est venu confirmer que nos maîtres d'école n'avaient pas voué leur vie à une chimère et que l'attachement aux valeurs fondatrices de la République qui était le leur et qu'ils nous avaient inculqué n'était pas voué à l'obsolescence.
Alors si nous avons tout lieu de nous réjouir aujourd'hui de cette décision, ce n'est pas tant par soulagement de la disparition des peines encourues par les "solidaires" car elle ne changera pas fondamentalement nos pratiques. 
Non, c'est avant tout parce que cette résolution  contribue à rendre aux migrants  leur juste place: en consacrant la valeur constitutionnelle du principe de fraternité avec les étrangers sans papiers, elle signe la reconnaissance de leur statut premier de victime avant celui de contrevenant à la loi.
Et c'est ce changement de focale qui en est la vraie victoire.
Janine Léger